Le Trail des Givrés - 16 février 2014

lapugnoyPourquoi cette course ?
En 2014, on varie les plaisirs avec, entre autres, du trail ! Et ce qui m’a motivé, ce sont les photos style fin du monde de cet article. Je me suis dit que ça pourrait être marrant. Ah ah, pauvre naïve que je suis.

L’objectif ?
Rien de précis ! Bon d’accord, je l’avoue : j’ai jeté un coup d’œil aux résultats de 2013. J’ai cherché la première nana de ma catégorie pour le 15 km : elle a bouclé le truc en 1 heure 35 minutes, soit 9.4 km/h de vitesse moyenne. Première pensée : easy ! Deuxième pensée : c’est bizarre quand même. Il est où le piège ? Troisième pensée : bon allez, je l’ai mon objectif ! Johan, avec qui je vais courir ce trail, a l’air de dire qu’une telle vitesse de croisière est jouable, alors c’est parti.

L’avant-course
Une semaine éreintante au boulot, une alimentation des plus anarchiques toute la semaine (et jusqu’au samedi soir), un sommeil qui chaque jour se réduit davantage … Jusqu’à dimanche matin 9 heures (et même ensuite …), je n’ai juste PAS ENVIE. Mais vraiment quoi. Sauf que bon, je ne suis pas venue à Lille pour faire du tourisme, alors c’est parti. Une heure de route pour se rendre jusqu’à Lapugnoy ; je me fais la réflexion que je ne fais quasiment jamais autant de route pour une course. En chemin je découvre ce qu’est un terril ! Ah ouai, quand même. C’est donc ça qu’on va grimper ?!

Sur place, nous retrouvons la team du Nord : David, Steven, Cécile, Clément, Stéphane, Mathieu Des têtes que je suis ravie de voir ou revoir. Le temps de récupérer nos dossards, d’échanger trois mots et nous partons rejoindre la ligne de départ.

Les 17 15 kilomètres
Dès le départ, je trouve ça moyen comme terrain : mais c’est quoi toute cette boue ?!? Et puis oh, ça grimpe un peu quand même là. Oula, je sens que ça va me gonfler cette histoire. D’ailleurs Johan en fait un peu les frais (oups). Et puis nous entrons dans un bois, et là je découvre les chemins les plus boueux de toute ma vie, aussi glissant qu’une patinoire. Un mec ultra galant s’accroche à moi pour ne pas tomber. Et il ne chope pas mon bras hein : il m’attrape la nuque. Je gueule un truc du genre : « non mais c’est quoi ces manières ! Mec tu fais au moins 80 kilos et tu t’accroches à une petite nana. Ah il est beau l’esprit trail. » [Ouai ,je suis vachement de bonne humeur.]

portrait

On ne dirait pas, mais en fait je n’ai pas du tout envie d’y aller !

Heureusement, une once de féminité passé par là. Une petite nana devant moi, derrière qui je vais rester et avec qui je vais même papoter un peu. Nous nous enfonçons dans des flaques de boue jusqu’aux genoux. Mes runnings sont complètement détrempées, mes pieds sont gelés et je renonce dorénavant à éviter les pires flaques. Je fonce, espérant jusque que ce qui sera sous mes pieds ne sera pas trop profond. Ma mauvaise humeur passe et je me marre en me demandant un peu ce que je fais là. Une pensée (plus sérieuse) me traverse quand même l’esprit : comment peut-on prendre du plaisir à courir dans des conditions pareilles ?! Il y a vraiment TROP de boue, ça glisse non-stop. J’ai à chaque instant peur de me casser la gueule et de me faire mal.

Lors d’une descente un peu trop trop hard pour moi (que je donc décide de passer sur les fesses, la grande classe), je double ma copine des premiers kilomètres. Et à partir de ce moment, il n’y a plus que de la boue, des arbres et de la testostérone autour de moi. Des branches me griffent le visage et les mollets. Heureusement que Johan est dans les parages (il m’attend parfois ; la honte, j’ai l’impression d’être un boulet) ; sa présence adoucit un peu ce milieu hostile.

Au niveau du ravito du 7/8ème kilomètre, plusieurs bénévoles nous indiquent que je suis la 6ème féminine. Waou, cool (et carrément inespéré) ! Coup de boost.

Vers le km 13, une charmante averse nous tombe dessus. Chouette, il ne manquait plus que cela. Heureusement elle passe assez rapidement, et j’en profite pour me vautrer avec (heureusement) les mains en avant. J’insulte la Terre entière tout en repartant. Putain mais on arrive quand là ?!

Johan aperçoit la 5ème féminine devant nous, et se met en tête de la rattraper. Sauf que nous ne sommes qu’au 14ème km, et même s’il n’y a plus autant de boue, je ne vais pas tenir 3 km à la vitesse qu’il semble vouloir imprimer. Je lui signifie cela dans des termes d’une gentillesse toute relative (oui oui, j’ai bien été infecte durant les 3/4 de la course). Nous nous rapprochons doucement mais sûrement de la nana à doubler, mais surprise : l’arrivée est déjà là ! Ma montre n’indique même pas encore 15 km, WTF ?! Du coup je speede encore un peu plus pour rattraper la nana, mais pas assez : elle passe la ligne d’arrivée 20 mètres avant Johan et moi, qui terminons en 1 heure 34 minutes et 47 secondes.

carole_johan

Après la course, avec Johan et ma coupe. [Mais avant de piger que quelque chose clochait …]

Après la course
Le speaker me tend le micro. Complètement à côté de la plaque, je dis juste : « Bonjour. » Grosse déclaration. Récupération du tee-shirt, ravito, changement de fringues … Nous retrouvons la team des Nordistes et attendons l’affichage des résultats, histoire de voir si je suis bien 6ème féminine ! Et là, grosse surprise sur le listing des résultats : je suis 1ère de ma catégorie SEF ! Je trouve ça étonnant, marrant, plaisant. J’ai le droit de monter sur l’estrade, de serrer la main du maire et de récupérer une énorme coupe. Sur le coup, le fait que ma montre n’indique que 15 km ne me perturbe pas trop ; celle de David indique à peu de choses près la même distance, et tout le monde en conclut qu’ils ont dû raccourcir le parcours.

Sauf que dans l’après-midi, cette différence de 2 km (quand même, là ça ne peut pas être un simple bug de ma Garmin) me travaille un peu. Au point de poser la question sur la page Facebook de la course. Et là, c’est le drame : à y regarder de plus près, je n’ai pas exactement le même tracé GPS que celui prévu par l’orga, ni celui d’un autre coureur. Il me manque un petit morceau. En fouinant sur Garmin Connect, je trouve quelques tracés GPS de cette course, tous entre 15 et 16 km. Visiblement je ne suis pas la seule à m’être planté.

Bilan …
… mitigé ! Pour la course en elle-même d’abord. Autant la course « nature » me plait vraiment, autant j’ai du mal à piger le kiff de courir dans des litres et des litres de boue glissante. A ce niveau c’est plus du cross qu’autre chose, et je ne suis pas fan.
Et surtout enfin, bilan mitigé pour le résultat final. Ok je suis première de ma catégorie, c’était bien drôle mais s’il me manque 2 kilomètres, ça n’a plus aucune valeur (dédicace à Johan). Je suis un peu beaucoup déçue, forcément. Limite j’ai envie de « m’auto-disqualifier » et de rendre ma coupe. Impression d’être une imposture, même si cette tricherie est absolument involontaire. Par contre, l’objectif initial de 9.4 km/h de vitesse moyenne a été tenu ! Et ça, c’est cool. On se console comme on peut. Bref, il n’y a pas mille solutions pour réparer cette déception : l’année prochaine, je refais cette course !

Édit du 25/02 – Je suis plutôt bonne comédienne, dans de nombreux domaines. Mais en course à pied, je ne triche pas. Et cette première place de ma catégorie, éventuellement usurpée (on ne le saura jamais), ne me plaisait pas du tout. Ça m’a travaillé quelques jours, pour qu’au final j’écrive ce mail (je me demande d’ailleurs pourquoi je ne l’ai pas fait plus tôt … une question d’égo mal placé peut-être) à l’organisation de la course et l’organisme chargé des résultats.

« Je vous écris pour vous signaler que je me « mérite » pas mon classement ni mon chrono lors du 17 km du Trail des Givrés du 16 février 2014. En effet, à cause d’un problème de balisage lors de la course, j’ai pris contre ma volonté un raccourci. Ma montre GPS ne m’indique que 15 km courus, ce que confirme le tracé quand je le compare à celui du site de la course. Est-il possible d’être « disqualifiée » ? Je pense sincèrement ne pas mériter cette place. »

L’organisation de la course m’a répondu que j’avais été « comme beaucoup de concurrents sur le 17 km, victime d’un mauvais balisage » et qu’ils prendraient soin d’être « beaucoup plus rigoureux sur ce point faible de l’organisation » l’année prochaine. Quand à ChronoRace, ils ont « adapté le classement ». Je suis donc officiellement disqualifiée, comme je l’ai demandé. Et c’est beaucoup mieux ainsi.

Une autre vision de la course ? Chez Johan, chez David, chez Clément et chez David de la Runnosphère (avec plein de photos).

35 comments to Le Trail des Givrés – 16 février 2014

  • Pleiiin de choses à dire !!

    Déjà super CR, pour pas changer!

    Ensuite la démotivation, ahhh c’est chiant ça tu es excitée à l’inscription et quand a course approche ou le jour arrive paf t’as plus envie!(surtout pour un trail méga boueux)

    Ensuite j’ai bien ri pour le mec qui s’accroche à toi. Parfois yen a qui te pousseraient dans la boue tête la première pour te passer devant même si t’es une crevette!

    Ensuite la mauvaise humeur aaah je connais. Tu sais qu’il y a des courses où à des moments j’ai eu envie de pleurer tellement j’étais énervée ?! la honte lol

    Pour le résultat je comprends ta déception, mais au vu de ton activité garmin tu as quand même fait une sacré course dans des conditions pas évidentes et c’est pas rien!

    Et la boue c’est vrai qu’au début c’est marrant mais à un moment ça devient lassant (et froid, et collant, et lourd lol)

    Bonne récup !!

    • Merci.

      La démotivation ça m’arrive souvent, et généralement elle s’envole le matin de la course. Mais là il faut croire que je sentais venir le plan galère. Entre les machos, la boue et la fausse joie du classement, j’ai été servie. Mais j’en garde quand même un souvenir global plutôt positif.

  • Neo

    Rassure toi les trails du nord ne sont pas toujours ainsi : mode boue.
    Si tu en veux un sympa, fais le trail des pommiers en décembre à Hénin-Beaumont. Tu verras ce qu’est un vrai terril. un joli dénivelé ou tu cours éclairé par des flambeaux ou en arrivant sous un feu d’artifice.
    Demande à David il te confirmera…
    Sinon le 9 mars il y a le trail des pilus avec 600+ sur le 15kms.

  • Hello,
    Joli récit, ça donne envie (ou pas).
    Bravo pour la perf. Je n’ai pas tout compris à cette histoire de parcours, mais quoi qu’il en soit, plus de 9Km/h de moyenne sur un trail et dans la boue, ça mérite une récompense :p
    Et ton histoire me conforte dans mon opinion : je me frotterai au trail en été ou au début de l’automne, quand la boue n’est pas encore de la partie !

    • Merci. En gros j’ai pris un raccourci (et je n’étais pas la seule), mais ce n’était pas volontaire !
      9 km/h, ça me parait tellement lent par rapport à ce dont je suis capable sur la route ! Mais on va dire qu’en trail, tout est relatif ! Et en été, ça doit effectivement être un peu plus sympa.

  • Comment je te COMPRENDS sur le coup du « j’ai envie de pourrir mon coéquipier » ! Quand JE décide de me mettre dans une situation runnesque difficile, tout va bien, mais dès que c’est Anto qui me traîne dans des chemins boueux et/ou déniveleux et/ou salissants, je le déteste et généralement il paie !
    Bref, ça me donne toujours pas envie de faire du trail ahah. J’ai un souvenir ému d’un cross très boueux et pentu, c’est la seule fois où j’ai envisagé d’abandonner une course. Bref, ça m’a fait penser à ça. T’as été bien courageuse, bravo à toi !
    Et franchement, très beau résultat ! Qui te dit que les autres nanas n’ont pas fait le même parcours ? En plus, selon les résultats de l’an dernier, tu es prem’s aussi non ?! Mais quoi qu’il en soit, j’imagine complètement ta frustration ! Tu mérites très certainement ton classement mais y’a un tout petit peu d’incertitude qui gâche le plaisir. Plus qu’à en faire d’autres du coup !
    Sinon, tu reviens sur le bitume ou tu persistes en Sylvaine Cussot ?

    • Je suis rassurée alors, je ne suis pas une horrible personne. :roll: Je gère assez mal le fait de devoir courir avec quelqu’un de plus rapide que moi (un 10 bornes où je suivrais un lièvre est totalement inenvisageable). Impression d’être un boulet, du coup je me transforme en espèce de truc méchant et hargneux.

      Selon les résultats de l’an dernier, je suis prem’s (heureusement que tu es là pour me le rappeler). Et c’est vrai, je n’ai aucun moyen de savoir si les gens devant/derrière moi se sont plantés ou pas.

      Je vais essayer d’approfondir un peu la Sysy Cussot qui sommeille en moi (si Johan accepte encore de m’accompagner). Mais je suis toujours autant love du bitume (tu n’imagines pas même pas l’orgasme runnesque quand tu passes de 3 kilomètres de boue à une route).

  • Moi je te trouves super dur avec toi même !!! T’as tenu le rythme que tu voulais, t’as passé un bon moment dans la boue, et t’es première de ta catégorie…donc que du positif!!!
    Vivement le prochain trail en fait!!

    • Je ne serais pas aussi positive que toi, mais merci. Petite tendance à être légèrement trop perfectionniste. Mais je me soigne.

  • Je maintiens le « bravo » attribué hier. Super CR… Et puis j’ai ri : grâce à ton « bonjour » donné au micro. J’imagine parfaitement la situation, le pauvre speaker haha

  • Running and comics

    Beau compte rendu!! Bravo pour ton temps

  • je te conseille la course des terrils que j’ai faite plusieurs fois; elle est cool !

  • Chouette lecture. Mon petit doigt me dit que tu y retourneras l’an prochain pour faire la distance complète…

  • Bravo pour ta première place! Très belle allure J’avoue que ça ne me motive pas pour faire celle de l’année pro, toujours peur de me blesser avec la boue.
    Tu as d’autres suggestion pour des courses « nature »?

  • MDR j’adore ta répartie sur le mec de 80kg, on dirait que tu sors des années 80
    Bon et si t’as un peu envie de te disqualifier, t’as quand même bien gardé la coupe, hein
    Sinon je me demande comment vous avez pu raté une partie du parcours. C’est pas surveillé, balisé ?

    • Je vais pas me taper un aller-retour Paris-Lapugnoy juste pour rapporter une coupe tout de même. Mais franchement, elle a perdu toute sa saveur …

      A deux moments on s’est retrouvé face à une intersection sans balise ni bénévole, et aucun coureur en ligne de mire devant nous. Du coup j’ai suivi les autres mecs, sans me poser de questions. Confiance aveugle dans le traileur local.

  • Running-Addict

    ça restera une belle expérience ! Mon premier trail j’ai fait 900m de trop à cause d’un mauvais aiguillage des organisateurs, toi tu as moins, je trouve que c’est une bonne pioche!
    C’est sûr que du coup le sentiment doit être mitigé sur le résultat mais bon c’est un trail, tu n’as pas délibérément coupé dans tous les cas donc ça ne devait pas être visible, surtout si tu n’étais pas seule… Pas de remords! Et puis tu reviendras l’année prochaine pour défendre ton titre dans les règles de l’art!!
    Joli CR en tous cas, j’adore le coup du micro !

    • Honnêtement je crois que j’aurais préféré en faire trop que pas assez … Même si c’était marrant sur le moment, au final je m’en fous du classement. Et avec le recul, c’est plus un sentiment d’inachevé qui prédomine.

  • Déjà félicitations pour avoir fait cette course qui semble bien difficile. Ensuite, je comprends tout à fait ta déception et ton sentiment d’imposture. Mais bon, ce n’est pas comme si tu avais triché. C’est à l’organisation de la course de se remettre en questions par rapport au balisage. Et puis, comment savoir si la 2e, la 3e ou la 4e femme de ta catégorie a fait le bon parcours ou pas ? Tu as fait une belle course, un beau temps, et pour ce qui est du classement… tu le confirmeras l’année prochaine

    • Merci. Je sais bien que tu as raison, concernant le classement la possibilité que les autres ait fait la même erreur que moi. Mais ça me travaille. J’ai envoyé une réclamation aux organisateurs de la course, en demandant à être « disqualifiée » …

    • marjolainerapog

      Bonne initiative de ta part. Je ne sais pas ce que j’aurais fait à ta place, mais, comme toi, je suis sûre que ça m’aurait travaillée encore et encore. Je pense que tu as fait le bon choix. J’en profite pour te souhaiter bon courage pour le semi-marathon de Paris de ce week-end

  • Bravo pour ce trail de givré(e)s et pour ton honnêteté vis à vis du parcours surtout que c’est involontaire, crois moi peu de gens l’aurait fait publiquement juste pour ça tu peux être fière de toi

  • C’est bien la première fois que je lis une disqualifiée avec les lauriers
    Du coup, revanche oblige, tu reviens l’année prochaine.
    Quoiqu’il en soit, cette honnêteté te ressemble…aussi virtuellement que je puisse me permettre de le dire.

  • C’est courageux de ta part mais tu n’as rien volé à personne car tu ne l’as pas fait sciemment!
    Je pense sincèrement que les organisateurs auraient dû te laisser la victoire et même tes poursuivantes qui n’ont rien réclamé.
    BRAVO en tout cas

  • flejacq

    Bravo. Il faut se retrouver dans la même situation pour savoir ce que l’on ferait réellement…

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