Ma vie de femme, par Kristin Armstrong

Je ne sais pas vous, mais moi, dès que mon réveil sonne, c’est une course effrénée qui commence : mettre en route mon café, préparer le petit déjeuner pour mon petit troupeau d’enfants, réveiller ledit petit troupeau, conduire toujours le même troupeau à l’école, rentrer à la maison, balader le chien, me mettre à travailler, c’est-à-dire écrire et être créative « sur commande », pour des boss qui me répètent que je le vaux bien (ils sont malins !), boire plus de café qu’il ne faudrait, faire du yoga, avaler du Coca aussi (mais Zéro, attention !), aller courir, manger sur le pouce, travailler à nouveau, préparer le dîner, aller rechercher les monstres, les conduire à leurs activités créatives respectives, revenir à la maison, ressortir, revenir les bras chargés d’enfants, vérifier les devoirs, manger, remplir le lave-vaisselle, lire des histoires, raconter des histoires, faire des câlins et s’effondrer, eux d’abord, moi ensuite. Une nuit passe et puis le réveil sonne à nouveau et c’est reparti ! Youpi !

Quand une course à pied se profile sur mon calendrier, je suis obligée de faire simple : saupoudrer mon plan d’entraînement de séances d’endurance et de séances de fractionné rapide. Bien sûr, dans ces moments-là, ma liste des choses à faire s’allonge considérablement et ma vie ressemble à une recette de cuisine extrêmement compliquée. Un peu plus de yoga par-ci, un peu plus de course à pied par-là. Parfois, je peux même sentir le poids de toutes mes responsabilités sur mes frêles épaules de femme. Frêles ? Oui, parfaitement messieurs !

J’ai réalisé que pour mieux vivre ma vie, pour apprécier davantage chaque instant, je devais me mettre à penser autrement.


L’autre jour, j’ai ressenti une étrange sensation à l’entraînement. Haletante, j’essayais de grimper une colline en me disant : « Ma fille, tu dois monter cette colline, tu dois finir cette séance d’entraînement. » Et puis, d’un coup, je me suis mise à penser à plusieurs personnes en même temps, certaines malades, d’autres en récente difficulté financière … Puis j’ai pensé qu’ils aimeraient avoir l’occasion d’aborder cette colline, même dans l’état de fatigue, de sueur et de stress dans lequel je me trouvais sur le moment. J’ai pensé qu’au lieu de dire « je dois », eux, ils diraient « je vais ». Ça peut sembler peu de chose, mais, en fait, ça change tout. C’est comme si une contrainte ou une corvée devenait un challenge, un défi, un dépassement de soi … Un progrès en somme. C’est là que j’ai réalisé que pour mieux vivre ma vie, pour apprécier davantage chaque instant, je devais me mettre à penser autrement.

J’ai donc décidé d’adopter un nouveau langage. Je ne dirai donc plus jamais « je dois », mais « je vais ». « Je vais » aller chercher mes enfants à l’école, « je vais » les aider à faire leurs devoirs, « je vais » me rendre à l’épicerie et préparer le dîner pour toute ma famille, « je vais » courir, « je vais » courir pendant plusieurs kilomètres même … Mais aussi, « je vais » finir un semi-marathon, peut-être même que « je vais » réussir à faire un marathon. Je vais parce que je veux. Parce que je le vaux bien, oui. Parce que, finalement, avoir du temps pour s’occuper de ses enfants, travailler et faire du sport, c’est une chance, un luxe presque. Je l’avais complètement oublié. C’est idiot, avouez …


Texte de Kristin Armstrong (adaptation de Feryal Larabi)
, journaliste, écrivain et runneuse.

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