Nostalgie

Il y a bientôt un an, je passais sous les 45 minutes sur 10 kilomètres. Un grand moment dans ma vie de runneuse, beaucoup de joie et d’efforts récompensés. J’ai eu l’occasion récemment de relire le récit de ma course, et tout cela m’a paru extrêmement lointain. Comme s’il s’était passé des siècles entre cette fraiche matinée de novembre et aujourd’hui. Depuis cette course, j’ai totalement lâché la « compétition » (le mot me parait toujours disproportionné quand il s’agit de mon cas). Et depuis mai 2014, je n’ai pas épinglé le moindre dossard.

Mon niveau a baissé. En novembre 2013 je courais 10 kilomètres à 13.5 km/h. Aujourd’hui quand je cours 2000 mètres à plus de 12 km/h, c’est un maximum. Et ça me désole, franchement. Limite ça m’attriste. La perte de mon niveau, mais aussi et surtout cette disparition du plaisir et de l’excitation autour des courses « officielles », qu’elles soient courues en mode performance ou pour le plaisir de partager.

Je sais que la perte de mon niveau n’est « que » la conséquence de mon mode de vie de ces derniers mois : l’absence d’entrainement, l’alimentation, la prise de poids, le manque de sommeil et j’en passe … Je suis bien consciente qu’il ne tient qu’à moi d’inverser la tendance. Pour la perte du plaisir lié à la compétition, c’est plus complexe. La course à pied, ce n’est pas juste mettre un pied devant l’autre le plus rapidement ou le plus longtemps possible. Ma motivation pour courir est intimement liée à ma vie personnelle, autant qu’aux moments que j’ai vécus et aux personnes que j’ai pu rencontrer en courant ou en ouvrant ce blog. Ces trois paramètres ont été pas mal bouleversés cette année, au point que j’ai perdu toute envie de courir « officiellement ».

Actuellement je ne cours quasiment qu’en endurance, 2 ou 3 fois par semaine, 7 ou 8 kilomètres au max. Pour mon bien-être et ma santé. Sans réelle envie. Principalement parce que c’est un besoin pour moi, pour mon équilibre. Mais souvent parfois, je me dis que j’aimerais inverser cette sérieuse tendance à la régression diésélisation. Me remettre à faire du fractionné, avoir un objectif, avoir juste envie de faire un peu plus que mon jogging du dimanche. Jusqu’à présent je me suis trouvée pas mal d’excuses, notamment la plus classique : je n’ai pas le temps. Qui sera carrément moins valable d’ici la fin du mois, pour mon plus grand bonheur. Une fois la question du « je n’ai pas le temps » réglée, s’en pose une autre : si je me replonge dans cette petite course contre moi-même, aurai-je le niveau ? Serai-je capable de refaire un jour moins de 45 minutes sur 10 kilomètres ? De boucler un semi-marathon en 1 heure 45 ? De m’arracher la tronche sur des séries de 200, 400 et 800 mètres ? En toute honnêteté, ce fameux « je n’ai pas le temps » n’est rien d’autre que la couverture de l’inavouable « je ne m’en sens pas capable ». Parce que oui, objectivement, on ne peut pas dire à 27 ans que je sois trop vieille pour retenter des folies sportives. Mais voilà : j’ai trop peur d’échouer, de (me) décevoir pour trouver le courage de (ré)essayer. Ça craint non ?

En posant ces mots, j’espère me donner l’envie de réessayer. Ou plutôt le courage de le faire. En fait, je voudrais juste retrouver l’envie d’avoir envie (dédicace à Johnny).
Bref : je suis clairement démotivée. Comme cette carotte.

23 comments to Nostalgie

  • Carole, rien que dans ce texte, on sent que tu approches de la phase de re-motivation…En laissant le temps au temps….je suis certaine que l’envie va te revenir bientôt. Quant aux capacités, je n’en doute pas une seule seconde et tu pourras dépasser tes RP si tu en as envie. Au plaisir de te croiser ici ou là !

    • Peut-être … Le changement de vie est proche, du coup je peux commencer à envisager la phase de re-motivation runnesque !

  • en même temps, c’est pas bien grave de se diéseliser, tant que reste le kif de humer la forêt pendant ton footing, non?

    • Je suis parfaitement d’accord ! Mais je ressens comme un petit manque avec juste des footings tranquilles dans la forêt ; l’aspect « dépassement de soi » de la course n’est plus là.

  • Pascaline

    Je suis contente de pouvoir te relire. J’aimais beaucoup ton blog car je le trouvais sincère, humble et plein de bons conseils.
    Je venais y puiser un peu de motivation quand l’appel du canapé était plus fort que celui des runnings.
    Je te souhaite de retrouver l’envie de courir et de t’entraîner pour un objectif.
    Ca nécessitera surement du temps et des efforts mais il n’y a pas de raison que tu n’y arrives pas.

    • Merci. C’est toujours sympa de savoir qu’on motive des gens.

      C’était un plaisir d’écrire cet article en tout cas. Ça tournait un peu trop en rond dans ma tête ces derniers jours.

  • Mais cette pub est GÉNIALE !
    La peur de l’échec en frein number one, je connais bien. Répète-toi les petits mantras qui boostent et n’oublie pas que ce n’est QUE de la course à pied. Il te faut peut-être un objectif un peu inédit ? C’est vrai que la simple chasse aux chronos … Ça peut devenir frustrant, surtout quand la progression est plus lente. Bref, contente de te sentir (un peu ?) de retour

    • Il existe aussi une version sympa avec une clémentine introvertie et une autre avec une pomme complexée.

      Je sais très bien que ce n’est que de la course à pied. Et en même temps, cette fameuse peur de l’échec je ne la retrouve pas que dans ce domaine …
      Pour l’objectif inédit, pourquoi pas … Toutes les idées sont les bienvenues !

  • ju jun

    J’ai eu ce blocage pendant plus de 16 mois, 10 kgs de plus, plus de course du tout, juste un peu de badminton de temps en temps… et puis nous avons fait un voyage en Amérique du Sud, randonnée dans des lieux à couper le souffle et l’envie de courir est revenue. Pas sur la route, j’aime pas, je m’ennuie… mais dans des chemins, la forêt, sur la plage… et aujourd’hui je refais des compétes de Trail. je suis moins rapide qu’avant mais sur un Trail c’est la résistance et le mental qui comptent. Essaye autre chose, une autre façon de courir….. Ps: Je suis un vieux de 33 ans

    • Ce n’est pas réellement un blocage puisque je cours toujours. Mais il y a clairement moins de motivation pour y aller, ça c’est sûr. Comme si c’était passé au second plan, voire au troisième, voire plus loin encore !

      Autre chose, pourquoi pas ? Reste à trouver quoi. J’attends un peu que ça me tombe dessus, je laisse faire les choses. On verra.

  • Trop bien cette vidéo !!! Bon écoute, avant je ne pensais pas qu’on pouvait vraiment perdre l’envie de courir, mais ça c’était avant la fin de ma thèse ! Depuis que je suis en période de rédac, je n’ai pas les jambes, alors au début j’avais encore un peu envie de courir, et petit à petit je me disais IL FAUT aller courir, je n’avais plus vraiment envie. Pas envie de m’entrainer et pas envie de mettre un dossard. En plus, voir sa vitesse (et moi c’est beaucoup la puissance en côte que j’ai perdu, la losse) diminuer ça craint quand tu penses à tous ces efforts que tu as fourni pour en arriver là.

    Je n’ai malheureusement pas de remède, perso je vais attendre de rendre mon manuscrit et croiser les doigts pour que ça aille mieux. Ce WE aussi mon copain m’a convaincue de mettre un dossard sur un petit trail de 10km (je préfère faire 20km en général mais là j’en serais incapable), et je ne sais pas pourquoi mais j’ai trop kiffé, il faisait beau, le paysage était magnifique, je n’ai pas regardé ma montre et je me suis régalée.

    J’espère de tout coeur que tu retrouveras le goût à courir, après ça je suis sure, sure de sure même, que tes chronos reviendront ! 27 ans NON ce n’est pas vieux, c’est mon âge et je sors à peine des études alors non non je ne suis pas vieille !!^^

    Pleins de bisous et de courage !!

    • Hé hé, elle est cool cette carotte hein ?

      Pour toi c’est la thèse, pour moi ça a été les changements et l’impression d’être un peu « sous l’eau », quasi constamment. Je pense j’espère que ça reviendra quand on aura davantage de temps pour nous, et par conséquent davantage l’envie de prendre du temps pour courir.

      Courage pour ta rédaction ! Quand dois-tu rendre ton manuscrit ?

  • J’aborde le sujet de la re-motivation de recourir sur mon blog, par un autre aspect que le tien.
    Ton blog m’ayant aidé à écrire le mien j’espère te retourner l’aide.

    La perte des chronos est ce qu’il y a sans doute de plus dur à vivre dans ce sport individuel. Un chrono est notre repère, notre motivation.
    Faire le deuil de ses temps passés est difficile, une bonne coupure peux parfois être nécessaire (dans mon cas extrême presque 10ans, tu n’en es bien sur pas là du tout le contexte n’est pas le même)
    Il faut savoir repartir sur des bases plus faible, accepter sa nouvelle progression comme une réussite du présent et non comme un échec des temps passés.
    Il faut se trouver des nouveaux objectifs, course entre amis (ekiden, so-mad ou autre), des courses différentes (kilomètre vertical, trail …) ou un challenge, dans mon cas se fut le Paris Running Tour. Le chrono comptait peu, mais faire 10 courses dans l’année était l’objectif initial, et au final les chronos reviennent tout seul ainsi que la motivation.

    tu parles de motivation de s’entrainer, as tu pensé à ne pas faire que de la course seule? Par exemple aller dans une salle de sport pour des cours de fitness ou faire un sport d’équipe?

    • J’ai déjà essayé le fitness en salle et je n’aime pas du tout ! Quand au sports d’équipes, ça ne m’a jamais attiré plus que cela. J’ai testé pas mal de sport dans ma vie, mais rien n’a réussi à m’accrocher aussi longtemps que la course (exceptée l’équitation, mais je ne considère pas cela comme un sport ; enfin c’est un autre débat !).

      J’ai déjà jeté un œil sur le Paris Running Tour. J’aime bien l’idée. Why not ?

      « Accepter sa nouvelle progression comme une réussite du présent et non comme un échec des temps passés. » C’est exactement ça mon problème. Comme si mes « exploits » (tu notes les grosses guillemets ^^) passés me mettaient la pression.

    • Je note une certaine lassitude dans ton commentaire, pour trouver un moyen de t’entrainer ou un sport qui te procurerais les sensations d’avant.

      Pour tes Exploits (tu notes le E majuscule), ce ne sont pas eux qui te mettent la pression. C’est l’importance que tu leurs donnent aujourd’hui avec la pratique de la « compétition ».
      Là il faudrait prendre du recul, ou sinon pousser l’entrainement à l’extrême ou intégrer un club pour progresser, mais là tu seras avec des contraintes d’entrainement.

      As tu déjà pensé à des vacances trekking qui sont une autre façon de voir la course à pied/marche sportive?

  • Chili Sin Carne

    Bonjour Carole,

    la course à pied est-elle réellement ta passion ?

    Si tu cours pour fuir/oublier la vie de tous les jours, si tu cours pour déculpabiliser d’un repas jugé trop calorique, si tu cours pour le joli masque social que cela te procure (« regardez, je cours, je suis une sportive, je suis forte, d’ailleurs je prends en photo tous mes résultats, car cela me donne l’impression de faire quelque chose de BIEN »), si les résultats de performance te déçoivent ou te ravivent l’égo, alors non, tu ne cours pas pour les bonnes raisons. Et c’est même normal que ça en devienne une activité décourageante !

    Tu avais posté une vidéo de cette femme, cheveux court, qui raconte que c’est parce qu’elle AIME la course à pied qu’elle est devenue performante, et pas le contraire !

    A méditer…

    Courage !

    • Comme tu le dis si bien : à méditer !

      A vrai dire je ne me suis jamais posée la question de la « passion ». J’ai commencé à courir pour l’épreuve du bac, j’ai vite pigé que ça me faisait du bien (au corps, à la tête ; sur le moment et après) donc j’ai continué. Et ça fait 10 ans que je cours comme ça. L’aspect (réseau) social que tu évoques est récent, lié à l’ouverture de ce blog et la découverte de la compétition, il y a un peu plus de deux ans.
      Donc j’aime courir. Je ne dirais pas que c’est une passion, mais j’aime vraiment ça. Et j’en ai besoin, comme j’ai besoin de manger, dormir ou prendre une douche. Parce que ça me fait du bien.
      Je ne fuis pas le quotidien, mais j’y mets de l’ordre et je prends du recul en courant. Mes chronos me font du bien à l’égo, mais mon égo n’est pas basé sur ça.

      Merci pour ton commentaire. Il pousse à la réflexion.

  • J’ai une théorie personnelle un peu différente sur la « disparition » de la passion. Je pense sincèrement qu’une passion, aussi dévorante soit-elle dans la vie de quelqu’un, peut s’estomper au fil du temps ou même être remplacée, au moins partiellement. Ca m’a fait ça dans le sens inverse. La course à pied a pris tellement de place dans ma vie depuis 2 ans et demi que je ne me suis pas rendu compte tout de suite que je délaissais celle qui avait été au centre de ma vie depuis plus de 30 ans : la musique. J’ai même rencontré mon épouse parce qu’elle partageait cette passion (et nous la partageons toujours un peu dans notre groupe, même si nous n’y consacrons pas autant de temps qu’avant). Epouse qui partage désormais aussi la passion pour la course à pied et surtout le trail (ne dites rien, je sais que j’ai de la chance). Un jour, je me suis rendu compte que mes nombreux instruments de musique avait des toiles d’araignée dans mon home-studio (ma cave). J’ai fait le même constat que tu fais sur la course à pied. Ca m’a profondément attristé. C’était ma vie. J’avais même fini par croire que c’était une sorte de maladie vu le temps, l’argent et l’énergie que j’y ai consacré et qui n’a pas eu que des conséquences positives dans ma vie passée. Mais aujourd’hui, je me raccroche à ce qui me reste de tout ça pour ne pas avoir un sentiment de gachis. Je joue toujours un peu de la guitare. Périodiquement, je me dis que ça y est, je vais m’y remettre sérieusement. Et la minute d’après j’ai un magasine de trail dans les mains et je rêve d’aller courir sur un volcan des Açores. J’espère juste que ça reviendra sans que j’ai besoin de me forcer. Et j’ai beau me poser mille fois la question, je ne faisais pas de musique pur des mauvaises raisons (même si adolescent, ça m’a quelque peu aider à sortir de ma timidité). C’est juste que les bonnes raisons sont parties ailleurs. Et quand l’habitude est la seule chose qui nous fait tenir, il est temps de se poser des questions. Mais pas forcément d’y apporter des réponses trop définitives.

  • Caro

    Hello Carole!!
    Si tu ne cours plus aussi vite qu’avant pourquoi ne pas commencer par des objectifs plutôt tourner vers l’endurance.
    Peut être qu’en t’entraînant pour finir un marathon ou un trail long tu retrouverais de la confiance en toi et l’envie de te dépasser!
    En tout cas quand on voit tes statistiques mensuelles on voit que tu tient la distance !!!

    J’espère que tu retrouveras le bonheur de courir et que tu nous tiendra au courant!!

  • Perryn

    A te lire, moi ce que je crois c’est que ce n’est pas la course à pied le vrai problème en ce moment, c’est toi. Visiblement tu traverses une phase un peu compliquée dans ta vie en ce moment. J’ai l’impression que tu es un peu abattue et que tu as perdu confiance en toi. Les causes de ta perte de niveau (manque d’entraînement, alimentation, prise de poids, manque de sommeil, etc.) je les vois plutôt comme des symptômes de ton passage à vide actuel. Continue à courir comme tu le fais actuellement puisque ça te fait du bien et prends soin de toi.
    Je pense que quand ça ira mieux dans ta tête et que tu te sentiras à nouveau prête à relever des défis dans tous les sens du terme, ton envie de remettre un dossard réapparaitra peut-être.
    Mais après tout ce n’est pas une obligation, on peut courir pour soi, sans faire de compétition juste parce que ça nous fait du bien.

  • Eloïse

    Une idée pour diversifier ta pratique: bike&run! Comme ça, tu peux prévoir des sorties avec qui tu veux, même si vous n’avez pas le même niveau (bon, si la personne ne court pas du tout, ce sera 100% bike pour elle et 100% run pour toi ;-))

    Au printemps dernier, je reprenais progressivement la course à pied après une coupure de 3 mois et cette formule m’a beaucoup aidée et motivée.

    Il existe aussi des bike&run en compétition, mais je n’ai encore jamais testé!

    Sinon, Christelle Daunay, championne d’Europe de marathon cet été, a 40 ans…

  • papa

    qui sera mon coach quand je serais déplatré et chausserais de nouveau mes » new balance » pour une reprise ,certes très progressive, mais tellement attendue?
    bisous

  • Du recul pour mieux sauter? Bref on en a tous besoin à un certain moment de notre vie. Et je suis plus que convaincu que tu retrouveras cette envie de faire plus, c’est juste une question de temps. Et pour te motiver, tu le fais déjà à travers tes mots.